Arbia Smiti, comment faire de la mode une startup

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Début 2011, Arbia Smiti, était dans tous les médias français, de Paris Match à Télématin en passant par Le Monde. Carnet de mode, sa plateforme de crowdfunding dans la mode intriguait. Pourtant le service ne prit pas et la Tunisienne dû l’arrêter.

Six ans plus tard, Arbia Smiti peut dire qu’elle a réussi. Carnet de Mode est devenue une marketplace internationale pour jeunes designers pointue, reconnue et rentable. La raison du succès, sa niaque, ses origines tunisiennes et sa capacité à s’adapter.

Le Amazon de la mode pointue

Arbia Smiti dirige Carnet de mode, une marketplace pour jeunes créateurs et marques émergentes de mode et de lifestyle.

« La plupart des créateurs n'ont pas de site e-commerce », explique la jeune femme. Ils n'ont ni les moyens ni les compétences pour créer, gérer et promouvoir un site.

Carnet de Mode met à la dispositions des créateurs un site de e-commerce qui leur permet de gérer eux-mêmes leur eshop, leur facturation, leur stock et leur shipping, sans avoir besoin de développeurs ou de pro du e-commerce.

La plateforme les aide aussi à promouvoir leurs produits. « On investit en marketing et communication pour leur apporter du trafic, des ventes, des clients. »

Bref, Carnet de Mode s’occupe de tout le côté business pour que les créateurs se concentrent sur leur cœur de métier : la création.

L’entreprise se rémunère en prenant une commission de 35% sur le prix public des produits vendus. Rien comparé aux boutiques qui prennent souvent entre 60 et 75%.

Mais attention, le site n’est pas ouvert à tous. « On est sur écrin sélectif, on n'est pas ouvert à tout le monde » précise l'entrepreneur. La société sélectionne les designers sur le design de leurs produits, leur rapport qualité/prix et la qualité des photos des produits.

La plateforme propose 500 créateurs, le double est en attente de validation par l’équipe de Carnet de Mode. L’entreprise qui avait levé 1,350M€ est rentable depuis 2016.

Une envie d’entreprendre

Ce succès n’est pas si surprenant quand on connaît la détermination et le goût du risque d’Arbia Smiti.

Petite, elle ne connaissait pas le mot « entreprendre ». « C’est un mot tellement rare, on ne l'apprend pas à l'école. » Pourtant, c’est bien ce qu’elle voulait faire.

« Quand j’étais petite, je voulais vraiment avoir un pouvoir, je voulais créer quelque chose qui ait un impact social, qui révolutionne une industrie. Pour moi, aujourd’hui, c'est une définition de l'entrepreneuriat » explique-t-elle.

Après une prépa, la Tunisienne rejoint une école d'ingénierie du bois en France, l'École supérieure du Bois. « Ce n'était pas quelque chose que je voulais vraiment, c'était [une solution] pour partir de la Tunisie et faire mes études à l'étranger » explique Arbia Smiti qui n’avait pas les moyens de venir en France sans bourse.

« Depuis toujours, je n'aime pas les cadres et je fais tout pour en sortir. La Tunisie, la famille, la mentalité… Je cherchais à aller vers une mentalité plus ouverte, une culture internationale, à découvrir le monde, explique-t-elle. Tout ça, c'était avant la révolution. »

Elle se rapproche de ce qu’elle veut faire à l’ESCP où elle obtient un master en marketing puis à L'Oréal où elle découvre concrètement le marketing. Un an et demi plus tard, elle sait plus que jamais qu’elle veut entreprendre. Elle n’a pas encore l’idée mais a l'intuition que ce sera dans le digital et la mode. Elle rejoint donc une entreprise dans le e-commerce fashion, Fashionshipping, pour apprendre les rouages de ce milieu.

Arbia Smiti a su s'adapter et faire pivoter son entreprise quand il le fallait (Image via Arbia Smiti)

L’inévitable pivot

En janvier 2011, elle lance Carnet de Mode. A l'époque, c'était une plateforme de crowdfunding dans la mode, « C'est comme ça que l’on s'est fait connaître, se rappelle-t-elle. On a fait un énorme buzz en France parce que j'étais la première à apporter le concept de crowdfunding dans le pays. »

Mais très vite, elle réalise que le marché n’était pas prêt, qu’il était trop tôt. Elle pivote en 2012. Elle reste sur le marché des jeunes créateurs mais change de modèle économique, ce sera désormais une marketplace.

« C’est ce que fait toute startup. Il n’y a pas une seule startup dans le monde qui n'a pas pivoté deux-trois fois.»

Alors oui, c’est dûr. « Il y a des ups and downs dans toute startup, il y a beaucoup plus de downs que de ups. Il faut passer outre » explique-t-elle avec détermination. Si on n'a pas la niaque, si on ne croit pas à 1000% à notre idée, ça ne sert à rien d'entreprendre. »

Les avantages d’avoir grandi en Tunisie

Le succès de Carnet de Mode, elle le doit à sa persévérance et sa détermination, mais aussi à son approche internationale.

« [Avoir une] double culture, c’est est toujours un avantage. Ca ne peut que nous ouvrir au monde, à vouloir apporter un impact plus important. Dans mon cas, ça m’a poussée à internationaliser très rapidement ma startup. »

Depuis le premier jour, Carnet de mode a été en anglais et français. Aujourd’hui, toute l’équipe est parfaitement multilingue et internationale. Le site propose des livraisons internationales, les créateurs viennent des quatre coins du monde, majoritairement de France et du Royaume-Unis, et les premiers clients sont les Américains et les Anglais.

La Tunisie, toujours

Pour autant, elle n’oublie pas la Tunisie. Si elle ne travaille pas directement en Tunisie, elle joue en revanche à l’ambassadrice.

« Je recommande aux créateurs de produire en Tunisie et les mets en contact avec des usines tunisiennes, elle explique. Je connais les compétences des Tunisiens, et sur le textile, ils sont encore très compétitifs. C'est ce que j'apporte à mon pays. »

Montera-t-elle un jour une entreprise en Tunisie ? « Ce n'est pas ma première boite et ce ne sera pas la dernière. Pour ma prochaine boite, je réfléchirais un peu plus à un impact plus direct pour la Tunisie. »

 

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