Le Maroc se met à l’Open Innovation

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Et si les entrepreneurs n’avaient plus besoin de chercher des clients et pouvaient se concentrer sur la création du meilleur produit pour leurs clients?

C’est ce que Screendy propose avec son programme d’Open Innovation.

La startup marocaine propose une plateforme qui permet de créer des applis natives personnalisées sans toucher une ligne de code et organise depuis un an des hackathons qui permettent aux entrepreneurs de travailler avec des grands groupes pour créer les produits dont ils ont besoin.

Organiser des hackathons : entre business et associatif

En décembre 2015, Mehdi Alaoui, le CEO de Screendy, décide d’organiser un hackathon pour mettre à disposition de la communauté de développeurs marocaine sa plateforme, afin d’obtenir du feedback. La startup, lancée en juin 2014, y voit une façon simple de tester son service et de l’améliorer.

Au bout de sept hackathons, l’entreprise a reçu tous les feedbacks dont elle avait besoin mais le succès est tel que l’équipe décide de continuer à en organiser à travers le royaume et à l’étranger.

« C'est un très beau vecteur pour faire du give back » explique Mehdi Alaoui, un serial entrepreneur calme et discret qui a l’habitude de donner de son temps.

Soucieux de rester concentré sur le développement Screendy, Mehdi Alaoui décide de créer une association, appelée Hack and Pitch, pour continuer d’organiser ses hackathons. Il n’est plus question de tester la plateforme (les participants ne sont d’ailleurs pas obligés de l’utiliser), mais d’aider les porteurs et porteuses de projet à développer un MVP (Minimum Viable Product), un produit qui soit prêt à être mis sur le marché.

Pour cela, l’association accompagne les lauréats après le hackathon en leur offrant une heure d’accompagnement technique par semaine pendant 8 semaines puis en les mettant en contact avec des partenaires pour développer leur business, intégrer des accélérateurs ou lever de l’argent.

L’association est aujourd’hui gérée par quatre employés et elle est financée jusqu’à la fin 2018 grâce à ses  partenaires Screendy, Microsoft, CIH Banque et Inwi. Elle prévoit d’organiser en 2017, 12 hackathons au Maroc, 10 au Moyen-Orient, et 10 autres en Afrique.

De l’hackathon à l’open innovation

Le succès du programme a attiré le regard de la banque CIH.

La banque avait besoin de réponses et solutions à différents challenges et voulait bénéficier de l’esprit d’innovation startup. Organiser un hackathon pour prototyper des services ou produits innovants répondant à des défis précis leur a semblé un modèle opportun.

Pendant trois mois, Screendy refuse de leur organiser un hackathon et d’accompagner les lauréats jusqu’à la création de produits. La jeune entreprise avait besoin de se concentrer sur son coeur de métier. La persévérance de la banque finit par payer. Il faut dire que les avantages sont là.

« C'est cool, on est payé pour ça, et ça nous permet de générer de la trésorerie qu'on investit dans notre R&D et en même temps les produits [développés pendant les hackathons avec la technologie Screendy] peuvent voir le jour. Pour nous c'est un outil d'avant-vente idéal » explique Mehdi Alaoui.

Le programme Lydec « Open innovation » qui vise à stimuler, promouvoir des initiatives et des projets innovants (Image via Lydec)

Un programme complet

Le programme de six semaines commence avec un atelier d'inspiration d'une demi-journée durant lequel les participants, startupers et collaborateurs internes, sont initiés à l’innovation et la collaboration entreprises/startups.

Les participants embarquent ensuite pour un hackathon de 36h non-stop. A la fin de ce hackathon, trois projets sont sélectionnés et bénéficient dès lors de trois mois d’accompagnement consistant en une demi-journée par semaine de mentoring pour passer du proto au MVP.

Le programme se conclut avec un « demo day » durant lesquels les équipes présentent les projets au top management qui décide d'en prendre un ou deux et de les financer en bons de commande. Les équipes ont alors deux mois pour finaliser le produit et le mettre en production.

Les grandes entreprises en veulent plus

Les résultats sont là explique Mehdi Alaoui.

« Il y a des choses qui ont été faites que la banque [CIH] n'a pas pu faire en deux ans » affirme-t-il. Sur les cinq projets primés lors du premier hackathon, trois sont au stage de MVP et devraient être bientôt présentés au top management. L’entrepreneur est confiant, les trois devraient recevoir des commandes.

Parallèlement, Screendy a organisé des programmes similaires pour HPS Solutions et Lydec. Les demandes entrantes sont nombreuses mais Mehdi Alaoui pose des limites : ils n’organiseront pas plus d’un hackathon par mois.

Ce succès s’explique facilement. « L’innovation est un vrai sujet, encore plus dans la fintech qu’ailleurs » explique-t-il.

Sébastien Slim, responsable du marketing et de l’innovation à HPS Solutions est d’accord: « Notre industrie est en plein chamboulement : les FinTechs sont de plus en plus [présentes], la régulation force les établissements banquiers à ouvrir leur système. Il était donc l’heure pour nous de lancer un programme open d’innovation afin de collaborer et mettre à contribution notre écosystème pour designer/influencer ce que sera notre futur. »

Le manager est ravi des premiers résultats.  « Nous avons quelques retours déjà positifs sur ce qui a été proposé mais aussi cela nous a permis de rencontrer des “jeunes talents”» explique-t-il. D’ailleurs, l’un de ces « jeunes talents » va les rejoindre pour un stage.

L’impact que peut avoir ces programmes est énorme sur l’écosystème car les entrepreneurs peuvent ainsi s’éviter la longue et hasardeuse période de compréhension du client, de recherche du besoin et l’obtention du financement.

D’ailleurs, signe de l’intérêt des startupers sur son dernier évènement, Screendy a reçu 1 000 candidatures pour 28 places disponibles.

Et à l’entrepreneur de conclure « On a touché à quelque chose qui va démarrer une dynamique complètement différente et qui va changer la donne pour l'entrepreneuriat au Maroc. »

 
Feature image via Lydec

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