B@labs, le premier incubateur situé au centre de Tunis

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Avec un flot de 1 million de personnes par jour, l’avenue Habib Bourguiba à Tunis était le lieu dit pour le dernier né dans le monde des startups tunisiennes, l’incubateur B@labs entièrement financé par la banque tunisienne BIAT et sa fondation.

« Nous avons voulu nous situer entre le Founder institute qui soutient déjà des projets entrepreneuriaux et le Flat6labs qui est un accélérateur » témoigne Dhia Ferchichi, community developper dans l’incubateur. La peinture est encore fraîche sur les murs de l’espace qui a ouvert officieusement il y a trois semaines.

Fondé à l’initiative de Noomane Fehri, ancien Ministre des télécommunications, l’espace se veut être un lieu d’accompagnement des startuppers en phase de démarrage avec un soutien financier. Fort d’un partenariat avec l’incubateur américain 1776 à Washington, le programme de B@labs comprendra des moocs et des heures de mentoring.

L’appel à candidatures qui est ouvert jusqu’au 10 juillet sélectionnera 25 startups pour un premier programme d’accompagnement de 4 mois. A l’issue de cette période, un demo day permettra de sélectionner les startups qui bénéficieront d’un soutien financier et de 12 mois supplémentaires d’accompagnement.

« Quand j’étais ministre, j’avais travaillé sur l’écosystème des startups mais je m’étais rendu compte que le secteur privé n’avait pas encore pris le train en marche pour aider les entrepreneurs, c’est pourquoi je me suis tourné vers la banque BIAT afin d’encourager l’implication du privé » témoigne Noomane Fehri, pour qui l’écosystème entrepreneurial tunisien reste encore fragile à cause d’un manque de cadre légal, de venture capitalists, de business angels et donc de fonds d’investissements locaux.

L'équipe de B@labs Dhia Ferchichi en premier plan, et l'ancien ministre Noomane Fehri au centre (images via B@labs)

Accompagner les early stage startups

« Nous nous sommes rendus compte que malgré une percée des startups tunisiennes depuis quelques années, il manque une diversité dans les secteurs d’activité par exemple sur la Fintech ou l’intelligence artificielle, nous aimerions aider les startups qui souhaitent travailler là-dessus » déclare Achraf Mattar en charge du programme d’incubation.

Le programme est totalement gratuit et la valeur de l'investissement pourrait être de l'ordre de 40.000 dinars ((US $16 000) en échange de 5% en equity, mais c'est un montant encore en cours de discussions. Les premiers mois seront consacrés à la modélisation du business et la méthodologie, puis l’ajustement au marché et la planification. L’idée est de passer de l’étape d’idée à un produit prêt à être testé sur le marché.

« L’étape la plus critique, celle des deux sélections est importante aussi pour tester la fibre entrepreneuriale des candidats car si le produit peut pivoter ou changer au fil du développement, les entrepreneurs, eux, doivent être prêts à travailler dur » ajoute Mattar qui estime que l’écosystème entrepreneurial tunisien est encore à un stade pré-mature et que l’accompagnement des débuts est essentiel.

Pour Noomane Fehri, la valeur ajoutée en créant cet incubateur était surtout l’aspect networking. « Mon but est qu’au bout d’un an, les jeunes startuppers qui ont suivi notre programme aient pu tester leur produit et surtout trouver des clients potentiels, les investisseurs, ce sera dans les programmes d'accélération » dit-il. « Il n’y aura pas que des entrepreneurs en mode “silicon valley”, il y aura aussi des entrepreneurs qui élaborent des produits pour un marché local et régional » ajoute-t-il.

Les finalistes de Bloomasters travaillent dans l'espace encore flambant neuf

Une optique d’accessibilité et de décentralisation

Installé dans le poumon de Tunis, l’incubateur, comme Flat6labs qui est à quelques pas, près de la gare principale, a fait aussi le choix d’être accessible au plus grand nombre. L’accès est direct pour les entrepreneurs des régions qui viendraient en train ou par les louages dont les stations se trouvent dans le périmètre, tout comme les bus et les transports collectifs qui desservent le reste de Tunis.

« Près de 3 millions de personnes peuvent ainsi arriver en deux heures sur l’avenue pour moins de 10 dinars donc l’emplacement est stratégique, sachant que nous avons une optique de décentralisation, les startuppers qui seront sélectionnés de régions trop éloignés de Tunis pourront bénéficier d’un hébergement au cas par cas par exemple » déclare Mattar.

L’incubateur a aussi mis en place d’autres partenariats avec Big booster à Lyon et The Camp à Aix-en-Provence ou encore Numa à Paris. « Nous voulons devenir un hub régional qui rayonne suffisamment pour que des entrepreneurs étrangers viennent aussi s’incuber chez nous » déclare Mattar qui dit qu’une startup palestinienne et une autre de Côte d’Ivoire ont candidaté par exemple.

Pour l’instant, le lieu qui se prépare à la sélection des candidats est ouvert aux startuppers comme un espace de coworking et de rencontres. Les finalistes du concours de pitchs Bloomasters qui a eu lieu le mois dernier, y travaillent. On peut trouver au détour d’un box Fares Hantous qui est en train de développer Marki, une application pour digitaliser les tâches d’un chantier pour les promoteurs immobiliers et architectes, ou encore les entrepreneurs de Easy.tn, une plateforme qui vise à cartographier et informer sur le système de transports publics en Tunisie, la disponibilité des taxis ou encore les places de parking.

Alors que la Tunisie manque encore d’un cadre juridique propre aux startups et aux entrepreneurs (ndrl: des discussions au parlement devraient avoir lieu à la rentrée sur le Startup Act, un projet de loi pour l’écosystème), l’infrastructure, elle, se construit peu à peu avec la prolifération de coworking spaces, programmes d’accompagnement et d'accélération.

Feature image via B@labs

 

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