En Jordanie, la technologie se met au service des réfugiés

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Rana Kelani est une réfugiée irakienne arrivée en Jordanie il y a quatre ans. Elle a appris à coder cette année, a trouvé un emploi et travaille déjà sur son appli sociale. Bref, un exemple d’intégration.

En 2015, le royaume comptait 90 réfugié·e·s de diverses nationalités pour 1 000 habitants soit 685 000 personnes réfugiées. C’est encore plus aujourd’hui suite à la crise syrienne. Selon le gouvernement, ce sont 1,4 millions de personnes syriennes qui ont rejoint le royaume hachémite depuis le début de la guerre, rapporte France Inter.

Depuis peu, les acteurs de la tech s’impliquent. Grâce au programme de formation au code RBK et au hackathon Techfugees, qui vise à créer des solutions tech pour faciliter la vie des personnes déplacées, la technologie devient un vecteur d’intégration en Jordanie.

Travailler ensemble

Organisé à Amman, au Zain Innovation Campus, début mai, l’événement a attiré 40 participants à moitié des personnes réfugiées.

Un des objectifs de Techfugees, une association créée il y a un an et demi à Londres par le journaliste de TechCrunch Mike Butcher, est de permettre aux réfugiés et aux locaux de se rencontrer et d’apprendre les uns des autres. [Disclosure : ancienne participante, j’écris des articles de blog pour le chapitre français de Techfugees]

« Nos hackathons sont un moment vraiment précieux parce que, pour la première fois, les réfugiés vont redevenir aux yeux des autres des êtres humains comme les autres » explique Josephine Goube, CEO de Techfugees. « Mieux, ils vont être au centre de l’attention et ça, c’est tellement rare qu’assez souvent nos événements finissent en larmes de joies. Pour la première fois, on ne regarde pas les réfugiés comme un problème mais comme une ressource et une opportunité »

Techfugees n’est pas la seule organisation à vouloir utiliser la tech pour rapprocher les personnes déplacées des Jordaniens.

RBK est un formation au code  gratuite en quatre mois ouverte aux personnes déplacées et aux Jordaniens. L’objectif est double : donner aux réfugiés des compétences recherchées sur le marché du travail et permettre aux réfugiés et aux Jordaniens de travailler ensemble au delà de leurs préjugés.

La syrienne Fatima Himmamy, 26 ans et associée de Rana Kelani lors du hackathon, a rejoint RBK en tant que mentor technique après avoir été diplômée. Pour elle, le programme permet de prouver aux réfugiés souvent mal accueillis par certains locaux que tous les Jordaniens ne leur veulent pas du mal. « RBK veut changer cette perception [qu’ils ont]. »

« C’était très bien de voir les barrières tomber » explique Mais Abu Jarur, une participante jordanienne du hackathon qui est passé du marketing au code grâce à RBK. « Il y avait des gens qui ne savaient pas quoi penser des Syriens et des réfugiés. A la fin, ils sont tous devenus amis. Cela a uni les participants aux origines culturelles et religieuses différentes. »

Les 17 diplômés de la premières classe ont tous trouvé des emplois dans des grandes entreprises et les 30 récents diplômés de la deuxième classe sont en bonne voie. Un exploit quand on sait que les réfugiés n’ont pas le droit de travailler en Jordanie et doivent convaincre les entreprises d’affronter des embûches administratives pour les embaucher. De nombreux membres de RBK étaient présents au hackathon.

Trois challenges

La grande majorité des participants sont arrivés ce jour-là avec de l’enthousiasme mais sans savoir comment aider.

Heureusement, l’association avait travaillé avec Unicef Jordan et Queen Rania Foundation pour définir trois défis sur lesquels les participants pourraient travailler.

  • Les fuites d’eau : la perte d’eau occasionnée par l’état vétuste des tuyaux (50% de l’eau du pays !) crée des tensions entre les communautés et les réfugiés.

  • Les inégalités scolaires : les garçons de 10 à 17 ans délaissent l’école comparé aux fille du même âge, ce qui représente un risque de développement pour le futur de la région.

  • Le chômage : le nombre de personnes sans emploi est très problématique en dehors des camps et des villes.

Après explication des défis, les participants semblaient mieux comprendre comment utiliser leur motivation.
Rana Kelani et Fatima Himmamy  profitent de l’expertise d’une mentor.  (Images via Techfugees)

Quand Rana Kelani, une diplômée de RBK, a découvert l’ampleur des fuites d’eau en Jordanie, il s’est passé quelque chose. « Je ne pouvais m’enlever ça de la tête, je devais faire quelque chose. » Elle a donc développé une appli qui permet à n’importe qui de prévenir les municipalités quand une canalisation fuit.

Plateforme pour aider les réfugiés à faire valoir leurs expériences professionnels, app pour convaincre les garçons d’aller à l’école, ou encore capteurs pour avertir des fuites d’eau : les idées ne manquaient pas.

Des projets pour le long terme

Le jury a récompensé les projets qui avaient le plus de potentiel et les équipes qui démontraient une envie de continuer à s’investir.

Waterwatch, le projet de Rana Kelani, a remporté la seconde place avec une appli qui permet de prendre une photo des fuites. Elle compte bien continuer son projet avec sa partenaire Fatima Himmamy. Leur mentor du weekend, Hiba Abu Al Rob, officier spécialiste des questions d’eau a Unicef Jordan, les avait conseillé pendant le hackathon leur a déjà proposé de les accompagner dans la construction et le déploiement du projet.

La première place a été remportée par LeakLess, un système de capteurs qui envoient une notification quand une fuite est détectée.

Le troisième prix est allé à DecorNerd, un site permettant aux étrangers d’acheter des produits de décoration créés par des personnes déplacées ou jordaniennes.

Les équipes ont bien prévu de continuer l’aventure.

Ce ne serait pas la première fois qu’un projet prend vie après un événement Techfugees en Jordanie. En novembre dernier, Techfugees avait organisé un défi au sein d’un Startup Weekend. L’équipe qui avait gagné ce défi était là le weekend dernier pour présenter ses avancées.

L'équipe de Prorefugees 

Profugees est une plateforme de crowdfunding développée par trois étudiants permettant de financer les histoires et les projets des réfugiés. Depuis le Startup Weekend, le projet a bien avancé, deux nouvelles personnes ont rejoint l’équipe permettant à Profugees de remporter la célèbre compétition étudiante Hult Prize en Jordanie et participer à la finale régionale à Dubaï, puis de remporter le prix مشروعي ثورتي" Mashrooi Tharouti. Chaque prix leur permet de financer l’acquisition de matériel et de recevoir du feedback et des contacts supplémentaires. Désormais, l’équipe n’attend plus que de trouver la bonne solution de paiement pour se lancer.

Feature image via Techrefugees

 

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