Une entrepreneuse libanaise veut démocratiser le paiement mobile

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Elise Moussa, l'entrepreneuse libano-américaine derrière Snapay, une solution de paiement mobile, n'a pas commencé en voyant les choses en petit, ou en se lançant dans son pays. Elle teste actuellement la version bêta de sa solution de paiement dans plus de 50 pays.

Un profil international, un projet global

Moussa, qui a déménagé du Liban aux États-Unis à l'âge de cinq ans, a travaillé pendant plusieurs années dans le secteur bancaire, et s'y est sentie personnellement et professionnellement insatisfaite. Son travail dans l'industrie bancaire,stable et monotone, s’entendait mal avec la nature entrepreneuse de Moussa, elle décide donc de travailler sur des projets qui affecteraient positivement la vie des gens. Elle fonde en 2011 plusieurs entreprises sans but lucratif, comme une startup dans le secteur Edtech appelée Whatisbe qui fournit une plateforme pour que les gens obtiennent des récompenses lorsqu'ils apprennent ou enseignent.

En 2012, alors qu’elle faisait des courses à Beyrouth pendant ses vacances, elle se rend compte qu'elle avait oublié son portefeuille à la maison et doit donc se confronter au fait accompli à la caisse. « C'est à ce moment-là que j'ai eu l'idée que les gens devraient pouvoir payer n'importe où dans le monde avec leurs smartphones », confie-t-elle à Wamda.

Elise Moussa à un évènement de networking en 2013 (Image via Elise Moussa's Facebook page)

Moins de technologie reste la meilleure technologie

Le parcours international de Moussa a une incidence sur la façon dont elle perçoit le marché des paiements en magasin. Elle ne comprend pas pourquoi le marché était tellement fragmenté. Les solutions existantes étaient soit, non compatibles avec tous les périphériques, comme Apple Pay lancé en 2014, ou alors non compatible entre les banques, comme les applications spécifiques à la banque et / ou non compatibles entre les pays.

Elle pense aussi que les gens payent trop. « Les marchands paient parfois entre 500 $ et 1 000 $ par année pour les machines lourdes [lecteurs de cartes], ce qui n'est pas nécessaire, surtout lorsque vous avez des logiciels qui peuvent les remplacer », commente-t-elle. Un commerçant utilisant Square ou des services similaires paiera à peu près 2 250 $ la première année. Les clients doivent également payer des frais élevés, allant de deux à trois pour cent lorsqu'ils paient depuis l'étranger.

Donc, Moussa conçoit une idée simple: un logiciel qui remplace le matériel hardware.

Les commerçants entrent le montant de l'achat sur l'application Snapay, un code QR apparaît et le client prend une photo et paie. La seule chose que les marchands et les clients doivent faire au préalable est de créer un compte et y relier leur compte bancaire.

Moussa a sécurisé le processus avec des données chiffrées et la technologie propriétaire ne détient jamais de carte ou d'informations bancaires. « Si un téléphone est volé, un paiement ne peut être effectué ou même lancé car il y a un code PIN que chaque membre de Snapay doit saisir pour utiliser l'application comme un numéro de carte bancaire ATM. Si le téléphone est volé, nous désactivons les paiements effectués à partir de ce périphérique. »

En ce qui concerne les frais, Moussa les veut faibles, et elle peut les offrir, en travaillant directement avec les banques. De plus, sa technologie peut à la fois évoluer et rester bon marché.

Le service peut prendre en charge 6 devises différentes et il est autorisé à opérer dans 50 pays tels que la France et les États-Unis, ce qui est plus élevé que le nombre de pays où Apple Pay est actif. Apple Pay est maintenant disponible dans 15 pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse, le Canada, l'Australie, la Chine, la France, Hong Kong, Singapour, le Japon et la Russie.

 

L'application Snapay (images via Elise Moussa)

Elle persiste

Sa technologie était opérationnelle pour être utilisée en 2013, mais le marché, lui, n'était pas encore prêt: la législation européenne et américaine exigeait une garantie de son invention par une banque et, à l'époque, les banques ne se souciaient pas de la Fintech, selon Moussa.

Ils n'avaient pas de service spécialement axé sur les technologies mobiles ou les technologies émergentes. Moussa devait travailler avec de nombreux départements pour expliquer cette technologie.

De plus, la concurrence était rude car chaque fois que les banques s'intéressaient au paiement mobile, elles voulaient créer leur propre application, alimentant le problème de la fragmentation.

En 2015, les choses ont commencé à changer.  « Je ne suis pas sûre de ce qu’il s'est passé exactement, mais au deuxième semestre de 2015, la Fintech était à la mode partout dans le monde et chaque banque en voulait une part », déclare-t-elle.

À la fin de l'année, elle trouve une première banque, mais qui voulait avoir un accès complet au système de codage, ce qu'elle a refusé. Cela lui a fait perdre le deal.

Enfin, en 2017, elle trouve la banque adéquate pour son équipe, une grande banque européenne dont le nom n’est pas communiqué. Ils ont passé l’année suivante à travailler sur les détails et les plans de lancement en Europe.

Encaisser le rejet dans la plupart des pays où Moussa a essayé de se lancer, n'était pas facile. « La question n’est pas de comment ça vous touche, mais de combien de fois vous pouvez rebondir », dit-elle.

Son expérience bancaire devient très pratique. « Je savais que l'ouverture d'un nouveau projet en dehors du milieu[dans le secteur bancaire] allait être douloureuse. Sinon, cela n’aurait été ni nouveau ni innovant »,déclare-t-elle.

Pour sa mère Josephine Moussa, sa résilience va plus loin que ça. « Elle s’est construite et nourrie au fil des années face au fait d’être touchée à un jeune âge par une tragédie (le départ de son père) par un traumatisme (l’accident de sa mère, l’empêchant de travailler), par le stress financier (lié à l'accident) et beaucoup plus au cours des quatre dernières années. [...] Elle a persévéré parce qu'elle croyait fermement à la mission de son projet. Chaque défi la rend plus forte et plus déterminée. »

Pour mener à bien sa vision, elle a dû financer elle-même son entreprise pendant cinq ans. Alors, elle déménage pour vivre chez sa mère et  fait beaucoup de sacrifices. Elle met de l'argent du stock Facebook qu'elle a acheté il y a plusieurs années et travaille en tant que consultante en Fintech.

Travailler à l'échelle mondiale

Moussa pense même à déménager en Europe où se trouve sa banque partenaire et puisque l'équipe travaille à distance, entre Paris et les États-Unis.

Elle se rend compte que « tout se passe à Paris pour la Fintech », surtout après le Brexit, et tout le monde semble accueillant sur place, à la fois parce qu’on croit en ce que Snapay essaye de faire et curieux aussi des origines américaines de Moussa. Elle s'installe en France dès 2017.

Travailler en France a changé sa façon de travailler. En raison du décalage horaire entre Boston et l'Europe, elle travaille souvent de 6h30 du matin à minuit. Comment fait-elle?

« J'adore l'espresso. J'essaie de faire une pause [pendant la journée] et de marcher dans l'un des parcs de Paris. Une fois par mois, je dormirai samedi après-midi toute la journée! », plaisante-elle.

Même si elle aime l’aspect international de son équipe, elle embauche désormais à Paris. L’application est actuellement en mode invite-only et en train de lever ses premiers fonds.

 

Feature image via Pexels

 

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