Ce que je sais sur comment construire des écosystèmes dans les pays émergents: Linda Rottenberg

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Pour Linda Rottenberg, il a suffit seulement d’une brève conversation avec un chauffeur de taxi à Buenos Aires pour lancer Endeavor.

Ce chauffeur de taxi qui était à la base un ingénieur, a été forcé de choisir ce métier pour gagner sa vie parce qu'il ne voulait plus travailler pour le gouvernement. Il ne savait pas non plus qu'il avait d'autres options d'emploi. Cela a motivé Rottenberg, une entrepreneure passionnée à lancer un réseau pour soutenir les entrepreneurs dans les pays émergents.

« Pourquoi ne deviendriez-vous pas un entrepreneur? Et ils répondraient ‘un quoi’ ? » a-t-elle dit dans une de ses conférences.

C'est alors que Rottenberg s'est rendue compte qu'il n'y avait pas de terme en espagnol ou en portugais pour « entrepreneur », et elle est devenue déterminée à parler de l'entrepreneuriat dans les pays émergents. Elle a ainsi commencé à visiter les universités et à raconter la réussite de Steve Jobs et d'autres icônes de l'écosystème, pour inspirer les jeunes. Peu de temps après, elle a vu que ces personnes avaient encore besoin de soutien financier et de mentorat, ce qui n'existait pas en Amérique latine.

En 1997, elle a rencontré Peter Kellner, son cofondateur, et a décidé de lancer Endeavor pour offrir aux marchés mal desservis l'accès au capital, aux talents et aux mentors. L'organisation est maintenant présente dans 27 pays émergents, 60 villes, et soutient 1 433 entrepreneurs, comme mentionné dans la version papier du rapport d'impact 2016-2017.

Dans cette interview avec Wamda, Rottenberg a identifié quelques mesures nécessaires pour lancer une organisation de soutien dans un pays émergent.

N’hésitez pas à insister. Ma capacité à savoir parler aux investisseurs, aux membres du conseil d'administration et aux . entrepreneurs m'a beaucoup servie lors de la mise en route d'Endeavor. Une fois, j'ai même attendu un mentor potentiel à l'extérieur des toilettes pour hommes, pour avoir quelques minutes de temps face-à-face avec lui. Apprenez aussi à ne pas vous soucier d’être perçu comme agressif, surtout si vous êtes une femme. Estée Lauder a été l'une des plus entrepreneures les plus insistantes, et de nombreux autres entrepreneurs prospères ont commencé sans avoir d’énormes réseaux mais avec un peu de culot bien placé. Trouvez un peu de courage et prenez contact avec un mentor que vous admirez. Les gens sont réceptifs à la passion et à une articulation claire de la raison pour laquelle vous les abordez eux, en particulier. La victime d'une de mes insistances l'a fait, et elle a finalement accepté de coprésider le conseil consultatif mondial d'Endeavor. En d'autres termes:

“L’insistance est une stratégie sous-estimée des startups.”

Minimisez les risques. Si la première étape pour devenir un entrepreneur consiste à gérer le mental, la seconde concerne la gestion des risques. Notre image des entrepreneurs comme des fanfarons casse-cous qui font tout en un jour s’est avérée fausse. Sara Blakely, créatrice de Spanx, a continué de vendre des télécopieurs jusqu'à ce qu'elle passe sur le plateau d’Oprah; Phil Knight de Nike a gardé son emploi de comptable tout en vendant des espadrilles depuis sa vieille Plymouth Valiant. Au cours de l'année qu'il a fallu pour faire décoller Endeavor, j'ai écrit des demandes de subvention pour d'autres organisations, en parallèle de mon activité, pour gagner de l'argent supplémentaire.

Contrairement à la croyance populaire, la plupart des entrepreneurs sont des minimisateurs de risque, et non des maximisateurs de risque. Même le plus grand vétéran de tous, le Richard Branson de Virgin, préfère les « catastrophes contenues », c’est-à-dire des petits paris avec des conséquences limitées si les choses échouent. Mais à un moment donné, une fois que votre idée a décollé, cette protection doit s'arrêter. Vous ne pouvez pas construire une entreprise importante en ne prenant aucun risque. Les entrepreneurs s'accrochent souvent à leur travail conventionnel comme une couverture de sécurité, par peur plutôt que par nécessité, même après, quand ils peuvent se permettre de se consacrer à leur entreprise à plein temps.

Faites une obsession du succès et des indicateurs de qualité. Je ne peux pas souligner suffisamment l'importance de développer des mesures et des indicateurs communs pour réussir. Il y a quelques années, nous avons demandé à Bain (une société de conseil américaine) de nous aider à cet égard. Aujourd'hui, nous utilisons les outils que Bain nous a donnés pour évaluer constamment le travail que nous faisons dans le monde entier et partager les meilleures pratiques. À quoi ressemble un bureau performant? Quelles sont les caractéristiques de notre meilleur quartile d’entrepreneurs? Ces indicateurs nous ont fournis un moyen commun de communiquer à quoi ressemblent le succès et un bulletin d'information sur comment l'efficacité de nos programmes et services est reçue par les entrepreneurs.

Construisez-le, et l'impact viendra. Il existe de nombreux exemples d'incubateurs et d'accélérateurs de grande envergure pour soutenir les entrepreneurs débutants qui espèrent dénicher la prochaine pépite. Il est important de se rappeler, cependant, que c'est à l'étape ultérieure, l'échelle, où un petit groupe d'entrepreneurs produit les impacts exceptionnels que nous espérons tous en termes de croissance significative, de création d'emplois et de sorties.

Gardez les problèmes intimes à l'écart de la salle de réunion. Il y a quelques années, j'ai demandé à notre équipe de recherche interne d'examiner les entrepreneurs les plus et les moins performants de notre réseau pour voir si nous pouvions détecter des modèles de réussite et d'échec. Nous avons appris que les trois quarts de nos entrepreneurs ont cofondé leurs entreprises avec un partenaire, et 70 pour cent de ces partenaires étaient des personnes proches d'eux (un meilleur ami, un frère, un conjoint, un beau-père).

Alors, qu'est-ce qu’il se passe lorsque la famille et le business se mélangent? Les choses commencent bien au début, mais ensuite arrivent les problèmes. Des problèmes de trésorerie se posent et des licenciements doivent être faits. Ou alors le business croît, et un partenaire cherche à se développer tandis que l'autre préfère rester petit.

Les entrepreneurs d’Endeavor ne sont pas isolés dans cette lutte. Plus de 80 % des entreprises américaines sont familiales, et ce chiffre dépasse 90 % en dehors des États-Unis: des fils du fondateur d'IKEA, Ingvar Kamprad, aux épouses de Rupert Murdoch de Fox, du père de Beyoncé à la mère d'Usher (« je n'ai jamais licencié ma mère », a déclaré Usher à Oprah. « Je l'ai soulagé de ses devoirs »).

Pour garder les problèmes intimes hors de la salle de réunion, je suggère d'élaborer un « contrat pré-marriage de startup », en délimitant le rôle, la responsabilité et la part de chaque partenaire. Dans le cas où quelqu'un veut ou doit se retirer, concevez un plan d'urgence pour une sortie à l’amiable et évitez-vous ainsi toute une vie de réunions de vacances gênantes.

 

 

Feature image via The Commery.

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