Aquasafe ouvre l'Algérie à l'internet des objets

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Un mauvais timing peut tuer une startup. Heureusement certaines startups arrivent à dépasser un lancement au mauvais moment. 

C’est le cas d’AquaSafe, une entreprise qui propose aux industriels des outils connectés pour contrôler leurs rejets d’eaux usées, ce dont les grosses entreprises se passeraient bien. Heureusement, la « première startup de l’internet des objets d’Algérie » a plus d’un tour dans son sac.

Donner les outils pour respecter les lois (et la Planète)

En 1992, à l’instar des pays présents à la conférence de Rio, l’Algérie s’engage à mettre en place une politique de développement durable notamment concernant la gestion de ses eaux usagées.

Il faudra attendre 2006 pour que cette politique se concrétise par la promulgation d’un décret relatif aux rejets d'effluents liquides industriels. Si ce décret légifère enfin sur les rejets industriels, la situation est loin d’être parfaite.

Une plage polluée sur la côte algérienne. (Image via Algérie Propre)

Tout d’abord, le décret reste vague quant aux obligations des industriels. Ensuite, les industriels algériens n’ont pas accès aux outils nécessiares pour mesurer leur niveau de pollution, explique à Wamda Iman Malek, fondatrice de AquaSafe. 

« En Algérie, on n’a pas les outils pour contrôler ces rejets industriels donc j’ai proposé une solution [qui] soit installée à chaque sorties d’industrie pour avoir un contrôle en continu » explique l’hydrolicienne de formation.

« J’ai fait pas mal de visites et de stages dans les stations de traitement des eaux en Algérie, explique Iman Malek. A chaque fois il y a ce problème [de] l’arrivée des rejets industriels, la station n’arrive pas à traiter cette eau. » 

En 2013, alors étudiante, elle développe avec des camarades un capteur qui permet de mesurer la pollution de l’eau. A la fin de ses études, malgré le choix de ses camarades de se tourner vers le salariat, elle décide de continuer le développement de ce projet.

Quand les clients ne sont pas intéressés

Début 2016, AquaSafe a dévoilé ses trois produits.

L’un permet d’assurer une veille continue sur la qualité des eaux à l’aide de sondes et de capteurs. Les données sont transmises en temps réel via le réseau GPRS. Une deuxième version fonctionne à travers le réseau GPS. Un troisième produit enfin permet d’effectuer des tâches à distance, telle que l’ouverture et la fermeture de vannes.

Aquasafe a créé des objets connectés pour mesurer en temps réel le niveau de pollution de l'eau. (Images via Aquasafe)

Mais les entreprises privées n’étaient pas intéressées. « Les industriels n’ont pas intérêt à contrôleur leurs rejets car ils savent qu’ils sont des pollueurs. Ils nous ont dit si l’état ne nous oblige pas à contrôler nos rejets industriels, je ne le fais pas » explique la jeune entrepreneuse.

Quant aux organismes gouvernementaux, ils ont reconnu l’intérêt et la qualité du produit mais ont refusé de passer à l’action.

« Je pense qu’actuellement [protéger l’environnement] n'est pas une priorité du gouvernement Algérien » explique t-elle.

Iman Malek a alors cherché d’autres clients pour sa solution. Elle a ouvert son service à différents secteurs mais concentre désormais son attention sur l’aquaculture. Dans ces fermes en milieu aquatique, la qualité de l’eau est en effet un facteur décisif à la survie des poissons et plantes. 

L’aquaculture est un secteur d’avenir. La production mondiale de poissons issus de l’aquaculture a augmenté à un rythme annuel moyen de 6,2% sur la période 2000-2012 selon une étude du FAO, l’organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, publié en 2012. [AM1] 

L’Algérie, plutôt en retard, compte bien rattraper son retard. « En plus des 20 fermes aquacoles existantes, plus de 30 projets sont en cours de mise en œuvre» a précisé le ministre de la pêche et des ressources halieutiques, M. Sid Ahmed Ferroukhi, au média algérien L’éconews en février 2015. Aujourd’hui, Iman Malek estime à 60 le nombre de fermes aquacoles.

 Plusieurs fermes sont actuellement en train de tester les solutions d’AquaSafe, les premiers bons de commande devrait tomber dans les semaines qui viennent, espère la fondatrice.

Les fermes devront débourser 40 000 dinars algériens (367$ US) pour acquérir le produit et  entre 5 000 et 10 000 dinars (entre 46 et 92$) par mois selon le nombre d’utilisateurs pour accéder à la plateforme de gestion.

Vendre leurs servies prend du temps, découvre l’entrepreneur. « On aurait dû commencer la commercialisation avant [pendant la R&D] » regrette t-elle. Il faut dire que l’entrepreneur avait d’autres soucis. 

Aquasafe remporte Tstart avec Iman Malek au centre. (Image via Ooredoo) 

La première startup de l’internet des objets en Algérie ?

En 2013, la scène startup algérienne en était encore à ses balbutiements. Les options d’accompagnement et de financement pour les startups étaient très minces. L’internet des objets était, lui, un concept inconnu. La startup a donc participé à tous les concours existants.

En 2014, Aquasafe remporte le concours startup du pays, Tstar, une compétition nationale de business plans portée par l’Agence Nationale de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ANDPME) et l’opérateur de télécommunication Ooredoo.

A sa grande surprise, le concours offrit pour la première fois au lauréat du financement – deux millions de dinars, soit 18 000$, et de l’incubation.

« Ca nous a permis de faire tourner la boite pendant d’un an, de travailler le prototype, de faire des tests avec des clients potentiels » explique Iman Malek.

Sans ce soutien, monter Aquasafe aurait été très compliqué, d’autant qu’à l’époque, il n’y avait pas de fablab dans lequel travailler son prototype, rappelle t-elle. Au début, il leur a donc fallu aménager son propre laboratoire. Aujourd’hui, l’incubateur d’Ooredoo dispose d’un hacker space appelé Innov’ Lab. L’espace de coworking Sylabs a aussi lancé son fablab avec l’aide de GE.

Aquasafe devrait cette année recevoir un investissement supplémentaire d’Ooredoo de cinq millions de dinars (46 000$) en prêts convertibles en action, ce qui lui a permis de faire grandir l’équipe qui compte maintenant deux ingénieurs et deux informaticiens employés.

Iman Malek a aussi participé à d’autres concours comme Hack the Hackathon en 2013 et Intel's ChallengeME IoT competition en 2015. Si ces concours lui ont permis de recevoir du feedback et d’améliorer son business plan et service, ils ne suffisent pas à apporter aux startups algériennes ce dont elles ont besoin, estime t-elle.

« Le besoin, c’est avoir des concours pour avoir des chèques pour lancer la boite, de l’accompagnement, de l’incubation » ajoute t-elle.

L’équipe d’Aquasafe compte bien jouer son rôle dans le développement de l’écosystème startups algérien. Elle a ainsi co-organisé un évènement pour encourager l’entrepreneuriat dans l’internet des objets, le hackathon Hard Innovation, et ouvre son lab à d’autres startups. 

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