Ce que je sais de l'entrepreneuriat social : Camille Courtaud

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Entrepreneuriat social, social business, entrepreneuriat à fort impact, économie sociale et solidaire, impact investing, tant de mots mystérieux. Que veulent-ils dire ? Sont-ils synonymes ? Pourquoi ne pas simplement parler d’entrepreneuriat ?

En dépit d’une définition floue, l’entrepreneuriat social gagne de plus en plus d’attention. Des concours spécifiques repèrent et financent les entreprises sociales, comme la Pepsico Social Impact competition, des réseaux d’entrepreneurs, comme Ashoka et Endeavor, soutiennent le travail des entrepreneurs les plus ambitieux, tandis que des incubateurs spécialisés aident les entreprises à développer leurs business models.

En juin 2014, le prix Nobel d’économie Muhammad Yunus lança le premier chapitre de son programme d’accélération mondial pour entreprises sociales, Yunus Social Business (YSB), à Tunis. Camille Courtaud, responsable des investissements et de l’accélération de YSB Tunisie, fait le point sur la définition de l’entrepreneuriat social.

Il ny a pas de définitions claires. Il y a plusieurs concepts : l’économie sociale et solidaire, l’entrepreneuriat social, l'impact investing, on mélange du français et de l'anglais. Il y a un flou sur ce que c’est et ce qu'on met derrière.

Les initiatives privées ayant une finalité sociale, ça existe depuis la nuit des temps. Ces deux dernières décennies, les acteurs du secteur ont essayé de codifier cette branche de l'économie et ça c'est fait, à la base, sur le statut juridique.

Camille Courtaud. (Image via Courtaud)

Tout le monde s’aligne sur deux conditions fondamentales. La première c’est que la finalité sociale est au cœur de la mission de l'entreprise et la deuxième c'est qu’il faut avoir un modèle économique qui permette d'atteindre l'autonomie financière. 

Il s’agit vraiment de mettre les outils et l'esprit entrepreneuriaux au service d'une mission sociale (ou environnementale) en garantissant la pérennité de l'action et donc de l'impact.

Les clients ne sont pas les seules personnes à prendre en considération. Dans l’entrepreneuriat social, on réfléchit en terme de bénéficiaires alors que l'entrepreneur « classique » a tendance à être client-oriented. L 'entrepreneur social a à la fois des clients et des bénéficiaires. Dans certains modèles, comme la vente de produits et services à une tranche de la population qui n'a pas les moyens de se les offrir, les clients vont être les bénéficiaires. Il y a d’autres modèles, qu'on retrouve beaucoup dans l'agriculture, où les fournisseurs sont intégrés dans la chaîne de valeur de l'entreprise et là l'idée c'est d'augmenter leurs revenus.

Oui, on peut faire des profits. Dans l’entrepreneuriat social, on recherche le profit mais ce n'est pas une fin en soi. Le profit est un moyen qui doit être mis au service de la mission sociale et donc tout ou partie des profits va être réinvestit pour maximiser l'impact social.

Muhammad Yunus a été le premier à vraiment définir le terme de social business et pour lui c'est une entreprise commerciale qui répond à une logique de  marché et qui réinvestit 100% des bénéfices mais d'autres entreprises sociales font le choix de ne pas réinvestir la totalité de leurs bénéfices et peuvent donc  distribuer des dividendes. Il y a un débat entre maximisation du profit et maximisation de l'impact social. Les sociétés sociales en général ont une politique d'encadrement des dividendes. 

Il ne sagit ni de devenir riche ni de vivre dans la pauvreté. Il faut arrêter de diaboliser le profit. A partir du moment où tu es dans une entreprise, la création de valeur a un prix. Si tu trouves des personnes qui veulent acheter ton entreprise et que tu fais un gain financier avec, why not. C'est la logique du marché. Pour le salaire, l'entrepreneur doit toucher un salaire en ligne avec le marché, son expérience, son rôle dans l'entreprise, etc. Il peut donc toucher un bon salaire mais il doit être en adéquation avec le niveau de rentabilité de l'entreprise bien sûr. Pour les dividendes, certaines entreprises sociales peuvent distribuer des dividendes.

Mais bon, si tu rends disponible à une certaine catégorie de la population des biens et services à un prix abordable, cela veut forcement dire que ta marge est réduite, même s’ il y aussi une histoire de volume. Donc a priori les entreprises sociales ont tendance à générer moins de profits que des entreprises classiques. 

Même si elle est floue, cette définition est importante. C’est un concept nouveau qu'on avait besoin de définir et sur lequel on avait besoin de mettre un nom. Des investisseurs se sont positionnés sur l'impact investing. Les logiques d'investissement vont être différentes, avec notamment l'encadrement des dividendes, il fallait donc nommer ce mouvement. 

Il s’agissait aussi de créer des formes juridiques adéquates. C'est sûr qu'une fiscalité avantageuse ou l'octroi de donations pourrait aider les entreprises sociales commerciales mais la viabilité économique du modèle ne devrait pas en dépendre selon moi.

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